L'un des domaines principaux dans lesquels l'enfant TED est affecté : les interactions sociales (cf : 2ème point de la Triade Autistique)

Il est vrai que je n'avais jamais remarqué - même dans les premiers temps de sa socialisation en crèche - que mon fils ne jouait pas avec les autres enfants. Cela ne m'avait jamais sauté aux yeux ; logique en même temps. Les mères arrivent le matin, offrent un bisou, un dernier calin, et repartent aussitôt sans rester plantées là à observer leur bambin. Me concernant, il valait mieux ne pas traîner : une fois Loulou déposé, je devais aussitôt me rendre à mes cours de préparation au concours d'infirmière (oui, à l'époque je n'avais pas les mêmes aspirations qu'aujourd'hui ^^).

Bref, je ne pouvais imaginer à quel point son rapport aux autres était particulier, compliqué...voire inexistant. Il était dans sa bulle.

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Ses difficultés à interagir sont devenues plus évidentes quelques mois avant la rentrée en première année de maternelle. C'est, entre autre, ce côté un peu "solitaire" chez mon fils qui m'a poussé à aller consulter le neuropédiatre. 

Mais dans l'attente du diagnostic - nécessitant quelques (longs) mois d'examens -, il fallait  bien aider ce Loulou à gérer sa nouvelle vie d'écolier. C'est qu'une fois dans la cour des grands, mon petit garçon s'est senti complètement perdu ! La maîtresse m'a décrit ses récréations, passées près des adultes plutôt qu'auprès des camarades, à répéter des "N'aies pas peur !" (sa phrase favorite pour se rassurer) en plaquant ses mains sur ses oreilles, complètement dépassé par les cris et l'agitation des enfants qui l'entourent...

Même souffrance en classe, lorsqu'arrive une frustration (une interdiction, ou la maîtresse qui se fâche contre lui ou un autre élève), l'émotion le submerge. Et là, c'est la crise. Il se met à hurler, à taper des pieds, à pleurer, et semble se "couper" de ce qui l'entoure. Difficiler de lui faire retrouver son calme, "il semble complètement hermétique", me rapporte la maîtresse...

En bref, un Loulou qui vit mal ses matinées d'école, une maîtresse qui souhaiterait savoir de tout coeur comment s'y prendre pour l'aider à s'épanouir, et une maman désarmée qui ne peut que constater que ces crises se manifestent également à la maison, sans solution apparente...

 

 Mais le problème ne s'arrête pas qu'à l'école. Mêmes difficultés dans les aires de jeux couvertes ou les parcs extérieurs. Deux cas de figure possibles : soit Loulou joue seul, déambule dans l'aire tout en se récitant des dialogues de son dessin animé fétiche, ignorant même les rares enfants qui s'adressent à lui. Soit comportement opposé : il pousse, bouscule, même les plus petits, juste pour s'amuser, pour les interpeller ; mais forcément, la méthode déplait. J'interviens alors, histoire de faire le lien entre lui et les autres gamins qui jouent, pour le canaliser tout en l'incluant dans le jeu, mais c'est souvent sans succès. Conséquence, je me vois obligée de l'isoler, pour lui expliquer qu'il n'agit pas "comme il faut" et qu'il doit se calmer. 

Manque de pot, en ce début d'année scolaire, le seul enfant que mon petit garçon connaissait et fréquentait en dehors de l'école était Alann, le fils d'une amie à moi, qui ne supportait que très difficilement les comportements de Loulou. Il est un peu plus jeune, mais beaucoup plus calme de nature. Rester avec Loulou ne l'intéresse pas vraiment. Or mon fils ne suit personne. Donc si on joue avec lui, c'est parce qu'on y tient et qu'on va dans la même direction que lui. Autrement, il joue seul. Du coup avec Alann, ça n'a jamais été la grande complicité.....

Je dois avouer que tout ça m'inquiétait... Mon fils ne parviendrait-il donc jamais à se faire des petits copains de son âge ?

 

Et là, Zorro Noa est arrivé...!

Petit gars très speed, pas très bavard mais terriblement coquin... Ils se croisent dans le parc près de chez moi, Noa reconnait Loulou et le père m'explique qu'ils sont dans la même classe. Je les observe, amusée : Noa se met à imiter Loulou, qui jusque là enchainait inlassablement les tours de toboggan en marmonnant des phrases de "Chuggington" (son dessin animé favori). Il repère finalement le manège de ce petit Noa qui semble suivre ses moindres faits et gestes, et s'en amuse... 

"C'est un suiveur... bougonne le père, pas vraiment ravi. C'est embêtant, j'espère qu'il finira par avoir plus de personnalité, parce qu'il se contente toujours de suivre les autres gamins, et parfois ça les gonfle..."

Moi, je ne dis rien, je me contente d'afficher un sourire attendri et satisfait, parce que je trouve que c'est parfait. De plus mon fils n'a pas l'air de trouver Noa gonflant, bien au contraire. Je réalise qu'en agissant ainsi, ce petit bonhomme parvient à entrer en interaction avec Loulou. Et les voilà qui traversent le parc de long en large en courrant, morts de rire, mon fils devant, Noa sur ses talons.

C'est alors que je vois Loulou stopper soudainnement leur petit train-train et se tourner vers son nouveau camarade de jeu. Emue, j'observe mon petit garçon lui prendre la main et s'adresser à lui, comme je ne l'avais jamais vu faire auparavant :

"Tu entends Noa ? C'est les voitures !"

blogted22

 

 

 

 

Au jour d'aujourd'hui, Noa est devenu un véritable repère pour Loulou.

Ses rapports sociaux avec les autres enfants sont moins tendus et plus fréquents, bien qu'ils manquent encore de spontanéité. Mais c'est sûr que Noa, c'est particulier, c'est son premier vrai pote, son complice. 

Le seul des 26 petits camarades de sa classe dont il me parle... tous les jours.